Mme de Sévigné :
 
    Madame de Sévigné est introduite  aux alentours de 1635 dans le plus prestigieux des salons, l’hôtel  de Rambouillet. Elle doit cela à son ami et professeur Gilles  Ménage qui a développé en elle le goût des études  et l’art de la langue. Madame de Sévigné sait parfaitement  le français, le latin et l’italien.
    C’est dans ce salon qu’elle  fait connaissance de ses plus grandes amies, notamment Madame de La  Fayette, passionnée comme elle par la littérature et qui  a reçu également une instruction étendue et une formation  de qualité par Gilles Ménage. Madame de LaFayette est le  type même de la femme savante sans être pédante et  de la précieuse nullement ridicule : elle rédige des études  de moeurs et de caractère où elle entre en réaction  contre la galanterie en vogue. Elle écrit quelques romans dont  le plus célèbre, La Princesse de Clèves, chef  d'oeuvre de psychologie et d'élévation morale, est le premier  roman d'analyse moderne. Mme de Sévigné et Mme de LaFayette  restent fidèles au salon de Rambouillet jusqu’à son  déclin vers 1650 (dissolution de la Fronde et procès de  Fouquet). Puis elles suivent leur amie commune, Mlle de Scudéry,  dans son salon.  
 
Mademoiselle de Scudéry donne dans la Clélie  ce portrait de Madame de Sévigné, baptisée pour l'occasion  "La Princesse Clarinte".
    Elle est blonde, mais c'est de ce blond  qui n'a rien de fade, et qui sied bien à la beauté. Pour  le teint, elle l'a si admirable qu'il n'est pas au pouvoir des plus  rigoureux hivers d'effacer le bel incarnat qui le rend si beau, et  qui donne un si grand éclat à sa merveilleuse blancheur,  qu'on y voit en toute saison cette fraîcheur qu'on ne voit qu'au  lever de l'aurore sur les plus belles roses du printemps. [...] Pour  la gorge, il est impossible d'en voir une mieux taillée, ni plus  blanche. [...] Pour les lèvres, elle les a de la plus belle couleur  du monde; elle a le tour du visage beau, les yeux bleus et pleins  de feu et les joues si aimables, qu'elle ne sourit jamais qu'on n'y  voie ce qu'on ne saurait exprimer et ce qui sert pourtant beaucoup  à faire une partie de son agrément.
 
Portrait de Mme de Sévigné par Mme de  LaFayette sous le nom d' "Inconnu".
Madame de LaFayette rédige  cet éloge de son amie pour "Le Recueil de Portraits et  d'Eloges" dédié à Mlle de Montpensier. Elle se refuse  à l'accabler de banals compliments sur sa beauté:
    [...]Je ne veux point vous dire toutes  ces choses, votre miroir vous le dit assez : mais comme vous ne vous  amusez pas à lui parler, il ne peut vous dire combien vous êtes  aimable quand vous parlez; et c'est ce que je veux vous apprendre.  Sachez donc, madame, si par hasard vous ne le savez pas, que votre  esprit pare et embellit si fort votre personne, qu'il n'y en a point  sur la terre d'aussi charmante, lorsque vous êtes animée  dans une conversation d'où la contrainte est bannie. Tout ce  que vous dites a un tel charme et vous sied si bien, que vos paroles  attirent les ris et les grâces autour de vous, et le brillant  de votre esprit donne un si grand éclat à votre teint et  à vos yeux, que, quoiqu'il semble que l'esprit ne dût toucher  que les oreilles, il est pourtant certain que le vôtre éblouit  les yeux. [...]Vous êtes sensible à la gloire et à  l' ambition, et vous ne l'êtes pas moins aux plaisirs: vous paraissez  née pour eux, et il semble qu'ils soient faits pour vous; votre  présence augmente les divertissements, et les divertissements  augmentent votre beauté.[...]
 
Dix mois après la mort de son mari,  Mme de Sévigné regagne la Bretagne. 
Le gazetier Jean Loret,  lui consacre ces vers le 12 novembre 1651:
    Sévigny, veuve  jeune et belle,
    Comme une chaste tourterelle,
    Ayant d'un coeur triste et marri 
    Lamenté monsieur son mari,
    Est de retour de la campagne,
    C'est-à-dire de la Bretagne;
    Et malgré ses sombres atours
    Qui semblent ternir ses beaux jours,
    Vient augmenter dans nos ruelles
    L'agréable nombre des belles.
Gilles Ménage écrit en 1656  ce poème à son amie.
    Digne objet de mes voeux,  à qui tous les mortels
    Partout à mon exemple élèvent des autels,
    Des ouvrages du Ciel le plus parfait ouvrage,
    Miracle de ces lieux, merveille de notre âge,
    Aimable Sévigny dont les charmes puissants
    Captivent la raison  et maîtrisent les sens,
    Mais de qui la vertu, sur le visage peinte,
    Imprime aux plus hardis le respect et la crainte;
    Obus, dont l'humeur  contraire à la tendre amitié
    Et toujours insensible aux traits de la pitié,
    Fait ses doux entretiens et ses plaisirs uniques
    Du funeste récit des histoires tragiques;
    Ecoutez les soupirs d'un pêcheur amoureux;
    Ecoutez d'un amant  le trépas malheureux.