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Mademoiselle de Scudéry
donne dans la Clélie ce portrait de Madame de Sévigné,
baptisée pour l'occasion "La Princesse Clarinte".
Elle est blonde, mais c'est
de ce blond qui n'a rien de fade, et qui sied bien à la beauté.
Pour le teint, elle l'a si admirable qu'il n'est pas au pouvoir des
plus rigoureux hivers d'effacer le bel incarnat qui le rend si beau,
et qui donne un si grand éclat à sa merveilleuse blancheur,
qu'on y voit en toute saison cette fraîcheur qu'on ne voit qu'au
lever de l'aurore sur les plus belles roses du printemps. [...] Pour
la gorge, il est impossible d'en voir une mieux taillée, ni plus
blanche. [...] Pour les lèvres, elle les a de la plus belle couleur
du monde; elle a le tour du visage beau, les yeux bleus et pleins
de feu et les joues si aimables, qu'elle ne sourit jamais qu'on n'y
voie ce qu'on ne saurait exprimer et ce qui sert pourtant beaucoup
à faire une partie de son agrément.
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Portrait de Mme de Sévigné par Mme
de LaFayette sous le nom d' "Inconnu".
Madame de LaFayette rédige cet éloge de son
amie pour "Le Recueil de Portraits et d'Eloges" dédié
à Mlle de Montpensier. Elle se refuse à l'accabler
de banals compliments sur sa beauté:
[...]Je ne veux point vous
dire toutes ces choses, votre miroir vous le dit assez : mais comme
vous ne vous amusez pas à lui parler, il ne peut vous dire
combien vous êtes aimable quand vous parlez; et c'est ce que
je veux vous apprendre. Sachez donc, madame, si par hasard vous ne
le savez pas, que votre esprit pare et embellit si fort votre personne,
qu'il n'y en a point sur la terre d'aussi charmante, lorsque vous
êtes animée dans une conversation d'où la contrainte
est bannie. Tout ce que vous dites a un tel charme et vous sied si
bien, que vos paroles attirent les ris et les grâces autour
de vous, et le brillant de votre esprit donne un si grand éclat
à votre teint et à vos yeux, que, quoiqu'il semble
que l'esprit ne dût toucher que les oreilles, il est pourtant
certain que le vôtre éblouit les yeux. [...]Vous êtes
sensible à la gloire et à l' ambition, et vous ne l'êtes
pas moins aux plaisirs: vous paraissez née pour eux, et il
semble qu'ils soient faits pour vous; votre présence augmente
les divertissements, et les divertissements augmentent votre beauté.[...]
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Dix mois après la mort de son mari,
Mme de Sévigné regagne la Bretagne.
Le gazetier Jean Loret, lui consacre ces vers le 12 novembre
1651:
- Sévigny, veuve jeune et belle,
- Comme une chaste tourterelle,
- Ayant d'un coeur triste et marri
- Lamenté monsieur son mari,
- Est de retour de la campagne,
- C'est-à-dire de la Bretagne;
- Et malgré ses sombres atours
- Qui semblent ternir ses beaux jours,
- Vient augmenter dans nos ruelles
- L'agréable nombre des belles.
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Gilles Ménage écrit en 1656 ce poème
à son amie.
- Digne objet de mes voeux, à qui tous les mortels
- Partout à mon exemple élèvent des autels,
- Des ouvrages du Ciel le plus parfait ouvrage,
- Miracle de ces lieux, merveille de notre âge,
- Aimable Sévigny dont les charmes puissants
- Captivent la raison et maîtrisent les sens,
- Mais de qui la vertu, sur le visage peinte,
- Imprime aux plus hardis le respect et la crainte;
- Obus, dont l'humeur contraire à la tendre amitié
- Et toujours insensible aux traits de la pitié,
- Fait ses doux entretiens et ses plaisirs uniques
- Du funeste récit des histoires tragiques;
- Ecoutez les soupirs d'un pêcheur amoureux;
- Ecoutez d'un amant le trépas malheureux.
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